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Ces jours derniers, j’ai esquivé quelques sollicitations et interpellations à propos du houngbédjisme, concept né récemment au Bénin et dont le principal dépositaire et artisan fut mon chef. Esquivé… pour ne pas me retrouver dans le rôle de celui qui présente à notre peuple son bourreau, persuadé qu’aucun monstre ne souffre longtemps le martyre de l’ombre.

Esquivé… parce que j’avais la certitude que le personnage dont il est question n’aurait pas eu ce parcours politique s’il ne savait se mettre en spectacle, que bientôt, il s’en chargerait tout seul, comme un grand. J’étais loin de penser qu’il était entrain d’orchestrer une fête pour rentrer dans ses habits nouveaux en plein jour, au stade de Porto-Novo, paraît-il. Pourquoi pas ?

En effet, comment mettre des mots sur un concept qui m’inspire un dégoût absolu sans en faire la promotion ? Comment éviter aux plus jeunes qui entrent en politique de s’approprier l’indignité comme une stratégie payante, un mode de vie ? Comment montrer le mal sans en faire l’étalage, sans en faire la propagande ?


Le houngbedjisme ou le pourrissement par le sommet.



Traditionnellement, ceux qui baissent la tête sont des gens qui ont une conscience de la honte, mais il y en qui en sont totalement dépourvus, qui ravalent leurs vomis en ricanant, ils sont capables de manger leurs propres enfants pour calmer leur ulcère. Il nous appartient, dès lors que nous nous sommes rendus compte que nous sommes en face d’un spécimen autrement plus néfaste que d’ordinaire, de prendre la mesure du danger qui nous menace et de lui faire une réponse à la hauteur de sa boulimie.

Un chef, c’est un père, un modèle, un formateur, un protecteur, un guide, un mentor. Un chef qui abuse de la confiance de son peuple, qui instrumentalise l’espoir placé en lui par une jeunesse au chômage à son profit, qui n’a aucun égard pour le flambeau qu’il porte ni pour le sacré qu’il incarne, mérite tout au moins un nom ; un nom qui rend compte de sa traitrise, afin que la postérité sache comment éviter une telle bête.

C’est pour cela que j’ai été ravi de lire sur le site du journal la nouvelle tribune, non sans étonnement, en réponses à mes questions, des commentaires dont la clarté et la pertinence méritent d’être partagés avec le plus grand nombre. En fait, il serait plus exact de parler de définitions du houngbédjisme, vu le caractère pédagogique et la maitrise du sujet que reflètent ces commentaires. Définitions, du reste, parfaitement défendables.

M Sauvy : le houngbédjisme " une approche politique "ayant pour principes moteurs l'inconstance, les revirements spectaculaires, l'opportunisme, la désacralisation de la parole et surtout le mépris absolu des militants qui passent ici pour un vulgaire bien fongible à fourguer au plus offrant"


M Agadjavidjidji : L'adepte du Houngbédjisme se doit de faire des subsides et des lambris dorés, la finalité de son combat politique de tous les jours. Pas besoin ici de se parer d'apparence en prônant quelque idéologie ou modèle de société. Le moi et le surmoi sont ici relégués au rang de variables au gré des enjeux matérialistes de l'heure.

Comme quoi, le béninois sait ‘’qui est qui ‘’. L’époque où notre classe politique pouvait tout se permettre est révolue.


Réale politique mon œil !


En toutes choses, y compris en politique, la crédibilité est un préalable incontournable. Le terrain politique n’est pas le terrain de tous les possibles. Ce n’est pas parce que nous nous laissons faire que l’acte est légitime. En politique, l’insulte existe, le ridicule existe, la faute existe, la voyoucratie existe, le vol existe, le banditisme existe, l'humiliation existe, l'imposture existe, la trahison existe même si pour des raisons évidentes, chez nous, le peuple ne sanctionne pas.

La logique de l'addition à tous les prix oublie la teneur et la nature des charges, le risque de l'effondrement, le risque de l'écrasement donc de mort violente. À vouloir manger à toutes les tables, l'on s'étrangle.


Les marchands de mensonges !


Il est colporté ici et là que le PRD a fait vingt cinq ans d’opposition. Faux. Cela est un mensonge. Notre démocratie a à peine vingt cinq ans et le PRD a participé à plusieurs gouvernements.

Il se dit que les cadres du PRD ne participent pas à la gouvernance de ce pays. Faux. C’est un mensonge. Ils sont maires, préfets, députés, conseillers, membres des cabinets ministériels, ministres et deux fois Président de l’Assemblée nationale. Bref ! Ce n’est pas parce qu’on est pas membre du gouvernement qu’on ne participe pas à la gestion de son pays. La fonction de Président de l’Assemblée Nationale est la deuxième de l’Etat. Le PRD l’aura occupée pendant huit ans à la fin du mandat actuel.

L’on dit que les départements de l’Ouémé et du Plateau sont marginalisés et ne profitent pas de la construction d’infrastructures de développement. Faux. C’est encore un mensonge. Yayi Boni n’est pas mon ami cela s’entend mais Porto-Novo n’est plus comme il l’était il y a dix ans. Le siège de la cour suprême, le nouveau siège de l’assemblée nationale (en souffrance), les routes, les cimenteries, les universités… dans ce registre, le ministre des travaux publics à des statistiques surprenantes à brandir pour défendre son chef.

Au final, on appelle les caméras, on se donne un air sérieux et on ment proprement et publiquement. Le législateur béninois a beau préciser que tout parti politique a une vocation nationale… Bof ! On se regroupe en bande pour violer la loi, la tête haute, sans irriter personne.

Normalement, un parti politique n’est ni un patrimoine privé ni un club de marchands et de maîtres chanteurs à relents ethniques et régionalistes. Dire, répéter, promouvoir une ineptie du genre : ‘’nous n’allons pas faire l’opposition’’ signifie que l’on assume son statut de parasites, l’on s’en fout du peuple. Et, se foutre du peuple c’est prospérer aux dépends du peuple. Tout ce qu’il y a d’illégitime, de condamnable, de répréhensible. Se foutre du peuple est une trahison. Se foutre du peuple est un crime. Etre coutumier du fait n’a rien de glorieux.


Pourrissement ! Pourrissement ! Pourrissement encore !


Lorsqu’une personne, en toute responsabilité plonge dans la boue, vous perdez votre temps à l’en sortir et à la laver ; la boue était dans son esprit, il a répondu à l’appel de sa nature cachée. Ne la plaignez pas. Il a l’habitude des abimes.

Même dans la saleté, il y a de la hiérarchie. Il y a ceux qui nagent en eaux troubles, ceux qui battent la boue, ceux qui s'étalent dans les caniveaux, ceux qui grossissent dans les fosses septiques et ceux qui les cumulent toutes.

La vermine c’est la vermine. L'on ne saurait reprocher à la vermine sa nature. Le pire n'est pas ce qu’elle est. En revanche, ce qui n’est pas tolérable, c'est que cette vermine en arrive à penser que nous sommes dupes, que nous ne voyons rien, que nous n'y comprenons rien, que nous sommes des dos, qu'elle peut se trainer ‘’souillure maléfique’’ jusque dans nos verres pour empoisonner la goûte d'eau que nous avons acquise de hautes luttes sans craindre notre colère, que nous n'avons pas identifié l'origine de notre drame, que la taille de ses dents nous est inconnue, que nous sommes des masochistes bons chanteurs de génération en génération, qu’elle peut nous mordre comme elle a mordu nos parents, impunément. Non.

Avant qu’elle grossisse, nous lui apprendrons à cette vermine, qu’elle se trompe d’époque et de peuple.